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Je viens de lire un très beau billet de Flying Mama. Un billet plein d’émotion sur la peur de voir son enfant partir avant soi.

Et son billet a fait remonter en moi des émotions, des souvenirs que je croyais digérer.

Car j’ai failli perdre mon fils, mon grand, mon bébé.

Il y a bientôt 3 ans, en novembre. Mon fils a 4 ans.
L’école m’appelle : Gremlins n’est pas très bien, un peu de fièvre…
Je vais le chercher. Prend sa température : 39. Ah oui, quand même !
« J’ai mal à la tête maman »
Sur le chemin de la maison, il se met à vomir.

Mon cœur se serre, le spectre de la méningite surgit sur notre chemin, et mon médecin m’exhorte à filer aux urgences pour écarter cette dangereuse hypothèse.

Aux urgences, on lui fait des examens, une prise de sang. On me reparle de méningite. On me parle de ponction lombaire. J’appelle Père Charmant. J’ai une peur bleue des aiguilles. Gérer la prise de sang, ok, mais une ponction lombaire ? Je ne m’en sens pas capable.

Heureusement, il travaille à deux pas de l’hôpital. Il arrive, je file appeler mes beaux-parents pour qu’ils prennent les deux petits en charge.

Finalement, pas de ponction « La prise de sang est bonne, Madame, elle montre juste une infection débutante. d’ici demain, il aura certainement d’autres symptômes type gastro ».

Le lendemain, 40°. Il pleure de douleurs. On retourne aux urgences. Pas d’autres symptômes « Mais madame, il faut laisser aux médicaments le temps de faire effet » Quel médicament ? Nous n’avons que du Doliprane, pauvre con !

Le surlendemain. Toujours 40° et des brouettes. Depuis la veille, mon bébé (car il redevient mon bébé) n’a rien mangé. À peine bu. Il geint en permanence.

Le médecin passe. Me dit de retourner aux urgences. Qui nous renvoie chez nous en me disant limite d’arrêter de psychoter.

Au fond de moi, je sens, sans l’ombre d’un doute, que quelque chose ne va pas.

4e jour. Gremlins n’a pas dormi de la nuit, n’a cessé de geindre. Voilà deux jours qu’il n’a ni bu, ni mangé. Il ne supporte même plus qu’on le touche sans hurler de douleur. Puis se plaint d’avoir mal en haut du ventre,
J’ai les larmes aux yeux et le cœur plein de colère.

Je rappelle les urgences. Exige de parler au médecin qui l’a vu la première fois.
Enfin, je suis écoutée. Enfin Gremlins est entendu.
Elle me demande de venir tout de suite.

J’appelle Père Charmant. Qui arrive du travail et repart avec mon grand garçon hurlant. Il faut que je trouve une solution pour faire garder Tisinge qui n’a que 4 mois avant d’aller les rejoindre.
Mais personne. Il est 10 h.

À 13 h, pas de nouvelles.

À 18 h, sans nouvelles et ne réussissant pas à joindre Père Charmant, j’appelle l’hôpital. J’apprends que mon fils est au bloc. Pas d’autres précisions. Mon cœur s’arrête. Je tourne en rond, incapable de réfléchir, de penser à autre chose.

À 19 h, enfin, Père Charmant m’appelle.
Et m’explique. Que nous ne sommes pas passés loin. Que c’était grave. Que nous n’étions pas encore sortis d’affaire.
Puis me passe le médecin.
Qui m’explique, avec gentillesse, en utilisant des mots simples, en répétant puisqu’elle comprend, elle, que mon cerveau, dans la panique, a du mal à enregistrer.

Pneumonie et pleurésie. Un seul des poumons de mon fils fonctionnait encore à peu près correctement. Le second était rempli au ¾ de liquide infectieux.
Mon fils se noyait dans ses propres sécrétions.
Sa plèvre avait morflé. Doublée de volume, elle empêchait les poumons de se déployer correctement, empêchant mon loulou de bien respirer, d’où le petit son que j’entendais et que les autres croyaient imaginaire.

Il a fallu emmener Gremlins en urgence au bloc. Ouvrir son petit corps en sur le côté droit, en dessous du bras, pour y passer un gros tube et aspirer le liquide. Y installer un tube de ponction qui permettra dans les jours suivants d’aspirer le liquide qui pourrait revenir. Et installer une voie centrale pour lui donner tous les médicaments nécessaires.

À 21 h, j’appelle une amie. En larmes. Je ne peux pas rester seule, pas ce soir, pas alors que mon bébé se bat pour respirer et pour nous revenir. Car il ne s’est pas réveillé après l’intervention. Coma léger médicamenteux pour l’aider à se soigner.

Le lendemain, j’arrive en réanimation pédiatrique. Tenue obligatoire, horaires stricts. Nous ne pouvons le visiter que de 14 h à 18 h. Nous n’avons pas le droit de venir à d’autres heures, les portes resteront fermées. Mon cœur saigne encore. Laisser mon bébé, tout seul…

Je rentre dans sa chambre. Il dort. Des cernes immenses sous les yeux. Du bruit, partout, des machines par dizaines. Un tube qui sort de son flanc. Des tuyaux dans le nez, sur le torse, sur son petit sexe. Une peau blanche comme le marbre. Je n’ose même pas le toucher de peur de lui faire mal. Je l’appelle, lui parle, pas de réponses.
Je meurs un peu ce jour-là.

Il ne se réveillera que le lendemain. Refusera qu’on le touche pendant encore une bonne semaine. Mettra près de trois semaines avant que son corps cesse d’infester son poumon avec ce putain de liquide.
3 longues semaines avant qu’on puisse lui retirer le drain et savoir que oui, son poumon est sauvé.
3 longues semaines où nous ne pouvions rester avec lui que 4 malheureuses heures par jour.

3 longues semaines avant qu’on nous apprenne qu’enfin, il sortait de réa pour aller en pédiatrie ! En pédiatrie où nous pourrons rester avec lui 24h/24.

Nous sommes le 3 décembre, c’est une victoire et un nouveau combat qui commence.
Pendant 3 autres semaines, il aura chaque jour deux séances de kiné respiratoire. Pour rappeler à ses poumons, ces cons, comment respirer correctement. Des séances douloureuses.

Nous nous voyons déjà passer Noël dans ce service.

Je décore sa chambre de guirlande, d’un faux sapin.

Puis le 21, c’est l’euphorie : il peut rentrer à la maison.

Encore fragile, il doit bien rester au chaud. Faire une séance de kiné par jour. Revenir une fois par semaine dans le service de pneumologie pédiatrique.

Il fera une rechute, un mois plus tard, qui prise tout de suite, elle, ne l’obligera à rester hospitalisé qu’une semaine.

Pendant des mois, j’ai écouté chacune de ses respirations. Pour détecter ce petit clic, ce petit arrêt respiratoire si lourd de signification.

Pendant des mois, je m’en suis atrocement voulu. Je me suis senti atrocement coupable. Dès le 2eme jour, je savais qu’il y avait quelque chose de grave. Si j’avais crié avant ? Si j’avais continué à écouter les médecins.

J’ai été suivi quelques mois pour cela, tant cette culpabilité me pourrissait la vie. J’ai compris que je n’étais pas médecin, seulement sa mère. Que je n’étais pas coupable. Qu’avec des si, on mettrait Paris en bouteille. Mais je m’en veux toujours un peu, quelque part.

J’ai failli perdre mon fils parce que j’ai fait confiance au corps médical et que je n’ai pas osé m’imposer face à lui.
Je n’ai jamais refait cette erreur.

Encore aujourd’hui, quand je pense ou parle de cet épisode de nos vies, je ne peux m’empêcher de pleurer. C’est douloureux. Très.
Cet article m’aura fait utiliser pas mal de mouchoirs.

PS : J’en profite pour remercier encore une fois plusieurs personnes :
– La médecin qui m’a écouté, et qui a permis que Gremlins soit enfin pris en charge. La seule à m’avoir regardé autrement que comme une mère trop protectrice et à m’avoir dit que même s’ils sont médecins, nous sommes les parents et qu’en général, les parents savent souvent mieux que les soignants.
– Ma mère et ma sœur, qui ont chacune pris deux semaines de congés sans solde ou non pour venir s’occuper des deux petits, afin que Gremlins ait une présence pratiquement H24
– Le travail de Père Charmant. Qui a permis à mon homme d’utiliser des jours de congé qu’il n’avait pas pour lui éviter une perte de salaire et qui n’a pas tenu compte des horaires réduits sur sa fiche de paie? Et qui ont gâté mon petit loup avec un énorme colis de jouets et sucreries
-La maîtresse de Gremlins. Nous étions à couteaux tirés elle et moi. Et pourtant, elle m’a souvent appelée pour me demander de mes nouvelles, à organiser un truc avec la classe pour offrir des petits cadeaux fait main à Gremlins et a avertie les parents d’élèves qui ont organisé des choses pour nous soulager dans notre organisation quotidienne bouleversée (aller chercher ou ramener les petits de l’école et de la crèche, faire des courses…

Nous avons pu constater que la générosité existe encore et nous en avons bénéficié. Cela nous a tiré des torrents de larmes de soulagements, de bonheur et d’amour.

14 réponses à to “Le jour où j’ai cru le perdre”

  • Je suis en pleur après avoir lu ton article en entier (j’aurais pu sauter des passages mais non !)
    Du coup là je sais plus trop quoi dire !

  • Cleophis says:

    Effectivement, quelle angoisse! J’ai moi aussi eu très peur quand ma fille a avalé un bout de papier qui s’est coincé dans sa gorge à 9 mois: urgences, bloc opératoire, nuit à l’hôpital… Et le staff médical qui te sort des super blagues: « Bah alors, vous la nourrissez pas cette petite, elle mange du papier? » Mouhaha, mdr! Ce sont des choses qui nous marque et souvent je remercie Dieu de l’avoir sauvé et je regarde mon fils en me disant: « Jusqu’ici tout va bien ».

  • Pffiou… les larmes coulent en te lisant… sacré traumatisme! ♥

  • Pomdepin says:

    Ça me fait mal rien qu’à te lire. Surtout ne t’en veux pas. Nous, on a eu la chance de tombe refuse un médecin à bâfrer, mais, très,très compétent. D’un côté je lui serais toujours reconnaissante, de l’autre, se servir de mon bébé pour faire le fier auprès des infirmières….ça a eu du mal à passer. C’était une septicémie.

  • maviedemere says:

    J’ai le souffle coupé… Je regarde Tipou (qui ne dort pas encore) et je crois que je vais aller le serrer fort dans mes bras. Après je vais filer faire un bisous à Ticha…
    Le destin peut tourner si vite.
    J’espère qu’il n’y a pas eu de conséquences <3

    • meredebordee says:

      Non, pas de conséquences, heureusement, si ce n’est une petite cicatrice là où était le drain et une prédisposition aux maladies pulmonaires pendant quelques mois qu’il fallait surveiller.
      Oui, tout peut changer vite. En bien comme en mal ^^

  • Je suis retournée. Ebranlée. J’ai limite mal pour lui, pour toi. Et révoltée aussi. Qu’il n’y ait pas davantage d’écoute, de confiance, de la part des médecins, en leurs petits patients et en l’instinct de leurs parents. Je n’ose imaginer, je ne pourrai pas de toute façon, tout ce que tu as pu ressentir… Mais je suis sûre que ça marque à jamais la relation avec son enfant. Heureuse pour vous qu’aujourd’hui tout cela ne soit plus que lointain souvenir…

  • Zoup says:

    Piouf j’en ai les larmes aux yeux ! seule une maman peut comprendre ce que cela fait, rien que l’idée de perdre mon loustique !

  • Amélie says:

    ouaaaahh ouu
    une lecon pour tous ecouter son instinct
    ton histoire m a donné la chair de poule
    bientot cela ne sera qu un mauvais souvenir
    bon courage

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