Quand j’étais gamine, j’adorais passer du temps avec ma grand-mère. Elle est décédée avant mes 10 ans et pourtant, je me rappelle d’énormément de choses d’elle.
Je me rappelle en détail de sa chambre, avec ce lit si haut, ce tabouret à drôle de forme qui pouvait se scinder en deux.
Je me rappelle sa cuisine, le pain perdu qu’elle me faisait dès que je venais chez elle, les friandises qu’elle me réservait.
Je me souviens des balades au marché, des quelques cultes au temple protestant qu’elle fréquentait, et qu’elle me demandait de taire à ma mère, pour que cette dernière ne proteste pas, elle qui est athée.
Je me souviens des diapositives que je réclamais à chaque visite, qui relatait la vie du « petit Jésus ».

Je me souviens de beaucoup de choses, son visage dur et ses cheveux gris, sa silhouette maigre et sèche.
Mais surtout, je me souviens de l’amour que je ressentais autour de moi quand j’étais chez elle.
Je savais qu’elle m’aimait, qu’elle ferait tout pour faire mon bonheur et que je pouvais tout lui dire.

Je me souviens aussi du jour de la découverte de sa mort, ma mère qui me demande de rester sur les marche de la cour pendant qu’elle fait le tour des fenêtres aux volets fermés, qui appelle les pompiers. Sa tristesse et le choc.

J’ai très longtemps regretté sa disparition, d’autant plus que c’était l’unique grand parent que j’avais, ne connaissant pas ceux du côté paternel.

Mes enfants ont de la chance, ils ont leurs deux grands parents, autant paternels que maternels, ainsi qu’une arrière grand-mère paternelle encore en vie.

Mais ils n’ont pas du tout ce lien que j’avais avec MA grand-mère. D’ailleurs, je ne me souviens pas que ma mamie avait noué autant de lien avec mes frères et sœurs.

Leur arrière grand-mère est adorable, une vraie mamie gâteau. Mais de santé fragile, elle perd un peu la tête et surtout, ils ne la voient qu’une à deux fois par an. Difficile de nouer des vrais liens dans ces conditions.

Leurs grands-parents paternels, pourtant vivant dans la même ville, sont loin d’être dans l’optique de créer une relation comme celle que j’ai connu.

Mes parents, eux, vivent loin. 350 km nous séparent. Nous nous voyons plusieurs fois par an. Et ils se rapprochent de ce que j’ai vécu.
Mon père leur construit des jeux en bois, lui qui, artisan de métier, sait créer tout ce qu’il veut avec n’importe quoi.
Ma mère leur apporte ce côté câlin et chatouilles.

Et pourtant, même ainsi, je suis triste de voir qu’ils n’ont pas ce même lien si fort que j’avais avec ma grand-mère.

Eux n’ont pas l’air de mal le vivre. Il adore parler au téléphone avec mamie (ma mère), me réclame souvent d’aller à Paris les voir, ont des souvenirs d’eux, des trucs qu’ils aiment faire chez eux.

Pour l’instant, ils n’ont jamais passé plus d’une journée chez eux, avec ma présence. L’occasion ne s’est jamais présenté.
J’aimerais pouvoir les laisser y aller, chacun leur tour, un week-end ou plus de temps en temps.
Mais mon père est loin d’être patient et ma mère et ses problèmes de santé ne rendront pas forcément l’expérience intéressante pour toutes les parties.

J’espère juste que, plus tard, quand ils regarderont en arrière, ils auront des souvenirs plein de tendresse dans la tête et beaucoup d’amour dans le cœur.

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