Je vis parfois souvent en décalage avec le monde actuel.
Je suis cette fille qui vous regarde dans la rue et qui vous sourit, qui n’hésitera pas à amorcer la conversation si elle sent une connivence.
Cette fille qui dit bonjour dès qu’elle rentre quelque part et au revoir quand elle en sort.

Cette fille qui remercie les conducteurs quand ils s’arrêtent volontairement ou non pour la laisser passer.
Cette fille qui vous proposera de l’aide si elle vous sent en difficulté.

Mes parents habitent une ville de la Région Parisienne, Nanterre, dans le 92, au porte de Paris.
Une grosse ville.
Ma rue avait une localisation particulière : on changeait de ville en la traversant et on arrivait à Suresnes. Et si on marchait 300 mètres plus loin, on arrivait à Puteaux.

Malgré la grosseur de ces 3 villes, malgré la proximité de Paris, mon quartier avait une ambiance très village.
Tout le monde connaissais tout le monde, on laissait notre porte ouverte en notre absence sans craindre un vol.
Les commerçants du quartier nous connaissaient, nous appelaient par nos prénoms et nous faisions de même.
Ils avaient toujours une petite attention pour nous, les enfants : une image, un bonbon…
Ils s’enquéraient de nous s’ils ne nous avaient pas vu depuis plus longtemps que d’habitude.

Dès 7 ans, je rentrais seule de l’école, malgré plusieurs rues à traverser, et deux cités dites « sensibles » sur ma route.
A 8 Ans, je restais seule le mercredi, avec l’autorisation de sortir pour rejoindre mes copains de la cité d’à côté.

Finalement, la seule crainte de mes parents, et donc, leur seule interdiction, c’était le centre commercial La Défense qui, à l’époque, avait une réputation d’insécurité pour les filles.
Mais j’avais le droit d’y aller pour le cinéma tout de même.

Je vivais dans un village, presque, un monde de bisounours qui a éclaté quand j’ai découvert la « vraie » vie, en dehors du cocon de mon quartier.

J’ai découvert que sourire à quelqu’un que tu ne connais pas peut être ressenti comme une agression.
Que saluer les gens en rentrant dans un commerce ou une administration est devenue une exception.
Que proposer son aide à une personne en difficulté est considéré comme louche et peut faire peur.

Je maudis cette incivilité quotidienne que je constate, ces gens qui n’ont même plus le respect de l’autre, ce monde devenu égoïste et nombriliste.

Ces conducteurs qui se garent sur le trottoir, m’obligeant à marcher, avec mes enfants ou non, sur la route et de me mettre en danger. Et qui viendront, agressif, te demander où est le problème quand tu leur fais remarquer que les trottoirs sont pour les piétons.

Ces propriétaires de chiens qui laissent les déjections de leur toutou là où ils ont fait, et qui te traite de chieuse ou de grosse conne quand tu leur fais remarquer que c’est dégueulasse, et qu’ils sont irrespectueux de laisser les autres finir les pieds dedans.

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Ces gens qui jettent leurs déchets par terre alors que quelques mètres plus loin, voir quelques centimètres plus loin, il y a une poubelle. Et qui te répondent qu’il y a des gens qui sont payés pour ramasser.

Ces gens qui te regardent quand tu te débat avec ta poussette dans les tourniquets du métro, comme s’ils étaient devant un spectacle cocasse, sans penser à te proposer de l’aide.

Ceux, aussi, qui n’ont aucun scrupule à se garer sur une place handicapée et qui viendront te dire « Oh, c’est bon, j’en ai pas pour longtemps non plus »

Ceux qui, soi-disant pour te draguer, se permettent de t’injurier ou de te toucher sans ton consentement.

Ramasser les déjections de mon chien, ne pas jeter mes déchets, quitte à les laisser dans mon sac en attendant de trouver une poubelle, ne pas me garer sur les trottoirs ou sur les places réservées. Tout cela me semble tellement normal et naturel, que j’ai du mal à comprendre que, pour d’autres, cela semble difficile.

Le respect, cela s’apprend. Et je pense et espère que la majorité des parents ont conscience de l’importance de cette notion et font en sorte de l’inculquer à leurs enfants.

Alors, comment cela se fait il que l’irrespect soit quasiment devenu une norme ?

Comment expliquer à mes enfants que oui, c’est important d’être respectueux, polis, de ne pas jeter ses déchets partout, quand partout ils voient l’illustration du contraire.

Comment expliquer à mon fils de bientôt 8 ans que le monde est tellement devenu fou qu’il t’est impossible de le laisser rentrer seul à la maison le soir, même sans rue à traverser, parce que tu as peur qu’il fasse sur le court chemin une mauvaise rencontre, ou qu’il se fasse renverser par une des voitures qui, régulièrement, roule carrément sur le trottoir de son école….

Comment expliquer à ta fille de 6 ans que non, elle ne peut aller rejoindre les copains qui jouent gentillement dans le parc de l’immeuble parce que tu ne peux pas pour le moment la surveiller là-bas.

Je suis triste.

Parce que j’ai connu le monde bisounours où la violence et l’irrespect était l’exceptionnel.
Alors que pour mes enfants, se sera le respect et la gentillesse qui représentent l’exceptionnel et la violence la norme…

Je suis triste pour notre monde et nos enfant

13 réponses à to “Incivilités quotidiennes”

  • Marina says:

    oui c’était aussi comme çà dans beaucoup d’endroits . Quand tu vas dans certaines villes , quartiers de campagne ou de ville , tu retrouves cela mais ca devient rare.
    L’autre jour en sortant du bus , il y avait un monsieur assis sur son sac à dos (pile poil à l’endroit ou je descend)
    je le contourne puis je reprend route .Puis je me retourne et je lui demande:çà va???? (puisque je me suis rendue compte qu’il n’attendait pas le bus et que c’est un quartier ou d’habitude personne n’est dans cette position)
    Il me répond: « et pourquoi çà n’irait pas???? »
    J’ai continué ma route…..

  • nell says:

    oui je suis comme toi 🙂

    et ca me hérisse les poils de voir cette incivilité permanente.

    je suis pessimiste car souvent cela se perpétue entre génération malheureusement.

    on ne fait plus d’éducation civique à proprement dit et c’est bien dommage dans notre société cosmopolite.

    • Mère Débordée says:

      Ca revient, l’éducation civique, d’après ce que j’entends. Mais l’école ne pourra jamais se substituer aux parents. Et ils y a quand même beaucoup trop de parents pour qui cette éducation au respect n’est pas une priorité. Ce qui est fort dommage

  • Emma June says:

    C’est exactement ce que je ressens!
    J’ai parfois l’impression d’avoir vécu dans un autre monde alors que c’était il y a 20 ans…
    Cela m’attriste/me révolte en tant qu’adulte et surtout en tant que mère car comme tu le dis, j’essaie aussi d’inculquer des valeurs à mon fils malgré tout ce qu’il voit qui ne correspond pas… »et pourquoi il dit pas bonjour le monsieur? »et bien voilà où on en est.
    Quand à la sécurité, clairement, je n’arriverais pas à laisser mon fils la liberté auquel j’ai eu droit de peur qu’il lui arrive des choses horribles :-/

    • Mère Débordée says:

      Et pourtant, je lisais il y a peu un article qui disait qu’il y avait bien moins de risques pour nos enfants maintenant qu’à notre époque. Ce qui va totalement à contresens de nos ressentis, et ce serait pourtant prouvé… ^^

  • Pipistrelle says:

    EN lisant l’article et les commentaires, c’est rassurant de voir que « je », »nous » ne sommes pas seul à penser ainsi.
    Le plus triste c’est que pour ma part, nous avons pris la décision de vivre à la campagne. Une des raisons était de s’épargner un peu ceci….
    Ici l’insécurité est préservée… quoi que… mais ce qui me dérange le plus c’est l’irrespect, le manque de politesse de compassion…
    Ici j’ai 3 enfants, j’essaie de leur inculquer tout cela, mais souvent ils se font moquer par les autres,(pourquoi tu salues le chauffeur ? )

    • Mère Débordée says:

      J’aurais pourtant pensé qu’à la campagne, ce genre de choses se ressentaient moins. Mince :-/
      Et effectivement, pas facile pour nos enfants de comprendre…

  • Fouinette says:

    Bonjour 🙂 , alors là ça c’est un super article, vraiment et je peux vous garantir que je ressents la même chose. Le monde devient fou et fait peur. Non il ne faut pas dire bonjour et se promener avec le sourire et encore moins venir en aide….Tout cela me dépasse ….
    BRAVO pour l’article
    bonne journée

  • Marie says:

    Tellement vrai !!
    essayer d’expliquer à nos enfant ce qu’est la politesse et le respect aujourd’hui, c’est dur..
    pareil, il y a 20 ans, je rentrais seule de l’école à 7/8 ans, j’allais chercher le pain ou au parc a plusieurs rue de la avec mes copines sans inquiéter mes parents..
    aujourd’hui (et j’ai la chance d’habiter en banlieue bordelaise dans un quartier (petite rue très peu passante) ou on peut laisser les enfants jouer dehors entre eux car ils se connaissent tous et on connais les parents au moins de vue)…et les gens font attention en voiture car ils le savent..) c’est pas possible de les laisser aller très loin, même à l’école tout seul…les gens ne font plus attention

  • Hildebert says:

    Bonjour,
    j’ai comme vous grandi dans un monde de bisounours qui ressemble beaucoup au vôtre …même si c’était il y a bien longtemps..
    J’ai eu des enfants en banlieue parisienne, avec plein de parc autour et pourtant je ne les ai presque jamais laissés aller seul dehors… Le plus inquiet des 2 étant mon mari!
    Alors oui, c’est compliqué d’apprendre à nos enfants la politesse, le respect de l’autre, les civilités .. mais c’est le seul moyen de lutter contre et d’espérer qu’un jour cela change !
    Gudrun

  • Je crois qu’on est pareil <3

  • Comme je te comprend, je vis ça au quotidien aussi ! Et d’autant plus que je suis commerçante ! Je suis moi aussi la fille qui sourit, dit merci, pardon à tout va, et qui à maintenant l’impression d’être la bonne c****. Ça me rend triste aussi.

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