Courant mai, je discutais avec deux voisines pendant que nos enfants jouaient tranquillement dans la cour de l’immeuble.
Je leur disais que je venais de passer au RSA, mes droits au chômage étant épuisés et n’ayant pas réussi à retrouver du travail depuis près de deux ans.
J’expliquais que cela me donnait une opportunité de plus, de pouvoir postuler aux contrats aidés.
Mais que j’avais du mal à me faire à l’idée d’être au RSA.

Dans la discussion, l’une d’elle m’annonce que son propre contrat se termine bientôt, et que je serais parfaite pour le poste.

Le poste et la description qu’elle m’en fait, autant que de l’équipe, me file des frissons : il me faut ce poste.

J’appelle la responsable, qui me demande de rappeler à la rentrée, le poste étant libre début novembre.
Courant octobre, je relance. Mais pas encore d’accord de la hiérarchie pour que le poste soit maintenu sur le site.

Fin octobre, je suis au taquet. Ma voisine termine le 5 novembre. Ce poste, j’en rêve depuis des mois, j’ai déjà prévenu tout le monde que j’avais un travail à compter du 5 novembre. J’y crois !

Puis le 2 novembre, un mail : je dois aller le 4 signer mon contrat !

YOUPI !
Depuis bientôt 6 semaines, j’ai donc repris un travail.

boulot

Un poste d‘E.V.S. : Emploi Vie Scolaire. En gros, je suis l’assistante de direction dans une école. Je m’occupe de l’administratif, je fais en sorte que mes collègues enseignants puissent se décharger de certaines tâches sur moi pour qu’ils puissent aller à l’essentiel.
Je suis aussi dans la possibilité de les remplacer quelques minutes en cas d’absence, en attendant de savoir si un remplaçant viendra.
Ou d’accompagner une sortie s’il n’y a pas assez d’adultes présents.

J’avais un peu peur, j’avoue. J’ai une formation de secrétaire médicale essentiellement. Je n’y connais rien, moi, à l’administratif d’une école primaire.

Mais finalement, ça roule. Le travail, l’ambiance, la multiplicité des tâches me plaisent énormément.
Et puis, j’apprends énormément à être de l’autre côté de la barrière. Je comprends mieux, maintenant, les difficultés, les problèmes des enseignants et j’ai un regard plus calme sur les problèmes que peuvent rencontrer mes propres enfants à l’école, car je sais, maintenant….

Et puis, je suis surtout heureuse d’avoir enfin repris une activité professionnelle. J’aime rester chez moi, je ne m’ennuie pas ou rarement. Mais isolée dans ma région, reprendre une activité m’a permis de retrouver un semblant de vie sociale (même si on parle essentiellement d’enfants, vu le secteur d’activité) et d’avoir l’impression d’apprendre, de relever de nouveaux défis.

Je vais d’ailleurs faire une parenthèse pour tous les bien-pensants qui ne cessent de taper sur les gens qui n’ont pas de travail. Non, on ne se complaît pas à être au chômage. Et non, on en vit pas super bien financièrement.
Oui, on a le droit à beaucoup d’aide. Tout simplement parce que financièrement, on touche tellement peu. Et que les charges, elles, ne changent pas.
Même au RSA, on paye la cantine, la garderie, l’électricité et le gaz. Un peu moins cher, certes, mais en proportion de nos revenus.

Perso, en reprenant ce travail, je ne gagne rien de plus financièrement, par rapport à rester chez moi.
Au contraire. J’y perds. 200€ environs par mois environs.
Pour un boulot précaire.
Alors, avant de venir alpaguer ces parasites qui vivent soi-disant à vos crochets, allez vous renseigner avant….

Le côté négatif de ce travail, c’est sa précarité. Un an, renouvelable une seule fois. Après, tu te débrouilles.
Alors même que le poste sera toujours là.
C’est l’effet pervers des contrats aidés type CAE – CUI. L’employeur y gagne car la moitié du salaire et les cotisations sociales sont versées par l’état.
Mais ce n’est possible que 24 mois maximum avec la même personne.

Ce qui devait donc, à la base, permettre de créer des emplois ne crée finalement que de la précarité, car il n’y a aucune chance d’être pérenniser sur le poste alors même que celui ci est toujours vacant et que vous faites l’affaire.

Bref. Je suis en poste jusque début septembre 2016. Avec certainement une prolongation d’un an.
20H par semaine, qui correspondent à peu de choses près aux horaires d’école.
Ça me permet de pouvoir toujours aller chercher mes enfants le soir, et leur éviter la garderie.
Et comme je ne travaille pas un mercredi sur deux, ça tombe nickel et m’économise le centre aéré en prime.

Le revers de la médaille, c’est l’organisation quasi militaire qui en découle, quand les enfants sont là.
Notre appartement se situe exactement au milieu des deux extrémités où se situent leur école et mon travail.
Je dois donc traverser la ville dans un sens pour déposer les enfants le matin pour retraverser la ville dans l’autre sens et être à 8h45 à mon poste.
Du coup, le réveil à 6 h chaque matin, avec garderie de 7h30 à 8h45 se ressent fortement sur leur fatigue et le comportement de Schtroumpfette.

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Ce qui me fait dire qu’avoir une voiture devient vraiment une priorité. Avec une voiture, je pourrais ne les lever qu’à 7h, voir plus tard, les déposer à l’école à 8h15 puis être au travail à l’heure.
Un vrai confort, et pour eux, et pour moi qui n’aurait plus à stresser de ne pas rater mon bus et ne pas être en retard au travail (et les stresser aussi, du coup).

C’est mon projet du mois. Une amie d’amie me propose une voiture d’occasion à condition que je puisse lui payer les 800€ demandés d’ici la fin du mois.
Le challenge est difficile. Je ne peux faire aucun prêt pour le moment.
Une amie lectrice bien attentionnée à du coup ouvert une cagnotte pour essayer de m’aider, après que plusieurs likeuses sur facebook me dise de le faire (ce que je n’osais pas faire).
J’ai promis que je considérerais chaque euro comme un prêt, et que je me ferais un devoir de rembourser, petit à petit, à hauteur de mes moyens, chaque personne qui aura mis quelque chose.
Du coup, je me permets de vous partager le lien ici, si vous souhaitez m’aider (et n’oubliez pas de laisser vos coordonnées du coup, que je puisse vous rembourser rapidement)

https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-vanessa-mere-debordee

En attendant, on court. Après le bus, matin et soir. Après le temps. On part à 7h du matin, et on revient vers 18h (voir plus selon les embouteillages et le bus). Le soir est donc une course constante.

A peine arrivés, on finit les devoirs commencés dans le bus (si on a pu trouver une place pour s’asseoir), puis on enchaîne en moins d’une heure les douches, affaires à préparer pour demain, papiers à signer, repas à préparer, pour que nous puissions manger à 19h15 dernier délai.

Coucher à 20h, un dernier bisou, pipi, verre d’eau, « maman j’ai encore envie de boire », « Attention, au lit maintenant ou je me fâche » !, puis enfin, c’est le calme.

21 h, je peux fignoler le nettoyage de la table (les enfants doivent la nettoyer à tour de rôle après le repas), m’occuper du linge, du lave-vaisselle, préparer le goûter pour le lendemain, vérifier que les cartables sont prêts, puis prendre un moment pour m’asseoir, penser à moi, avant d’aller moi même me coucher, épuisée !

Les semaines où les enfants sont là passent à toute vitesse, trop vite. J’ai l’impression de ne pas pouvoir profiter d’eux.

Mais j’adore. J’adore retravailler. J’adore pouvoir leur raconter des petites anecdotes de mon école, sur lesquelles ils rebondissent et me racontent leurs propres vécus journaliers.
Ils ne m’ont jamais autant racontés leurs journées d’école que depuis qu’ils savent que je travaille dans une école. C’est extrêmement gratifiant et émouvant.

Alors, le manque à gagner, la course constante, la fatigue, l’énervement… J’oublie. Parce que j’ai gagné tellement plus tout personnellement. Et je sais que ça rejaillit sur eux aussi.

6 réponses à to “Au travail !”

  • Audrey N says:

    Super reprise !! J’ai une question tu as postulé tu as été prise , dois tu faire une formation car ce n’est pas ta formation première , j’aimerai changer mais je suis en cdi du coup je ne veux pas faire n’importe quoi

    • Mère Débordée says:

      Si tu veux changer complètement de branche, et que tu n’as aucune expérience dans la nouvelle, oui, je pense qu’une formation sera peut être nécessaire.
      Pour ma part, je n’en ai pas fait. Déjà parce que le poste était ouvert aux personnes sans expérience, et surtout parce que ça reste du secrétariat, pour lequel je suis déjà formé. Donc là, j’ai juste besoin d’apprendre des trucs spécifiques au secrétariat en école 😉

  • Djahann says:

    J’ai été EVS, sauf que la direction était complètement déchargée de classe, donc je n’ai quasiment jamais eu de travail administratif à faire. Mon boulot était d’accompagner les sorties, surveiller les récrés, aider les maitresses, faire les photocopies, animer les ateliers pour les classes…. en deux ans, j’étais usée ! J’aurais pu signer une 3ème année, mais j’ai dit non.
    Mais maintenant ça me retenterait bien… mais c’est si précaire…

    • Mère Débordée says:

      Ah oui ? Je n’anime pas les ateliers mais je fais le reste, et ça ne me semble pas, pour le moment, usant. Intense parfois, mais j’apprécie énormément le fait de ne pas faire QUE de l’administratif.
      Logiquement, j’y suis pour deux ans, du coup. Après, on verra, si je peux continuer dans cette branche, pourquoi pas

  • Moothildee says:

    Félicitations pour le poste!
    j’ai adorée ta « parenthèse » … certains ne comprennent pas et ne comprendront jamais!
    😉

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