Agoaye nous a demandé, pour cette semaine, quelle est la mauvaise habitude que nous avons réussi à perdre.

J’ai eu du mal à trouver. Pas des mauvaises habitudes, non. Mais plutôt celle que j’ai réussi à vaincre.

Puis tout d’un coup, l’illumination. Une mauvaise habitude toute simple que j’ai perdu il y a quelques mois seulement : me dévaloriser, me complexer.

A l’adolescence, j’approchais déjà les 100 kilos et obésité était un mot qui faisait surface à chaque visite médicale.
Pourtant, même si j’avais quelques complexes, je vivais avec, plutôt bien même.
Je portais des vêtements amples qui cachaient ma silhouette mais c’était tout. Je n’en étais pas malade, je n’avais pas honte de me montrer.

J’avais plein d’amis, d’ailleurs, et pas de mal à être dragué. En général, quand un garçon me plaisait, je « l’avais » rapidement. Faut dire que je suis très trop franche et n’avais aucune hésitation à dire à un mec que je le trouvais mignon. Et comme j’étais la rigolote et la confidente de service, ça devait les rassurer et les attirer comme les mouches avec du miel.
D’ailleurs, je me disais souvent que j’avais bien de la chance de sortir avec les garçons mignons et populaires vu mon physique. Mais sans m’y appesantir non plus…

Quand j’ai rencontré Ex, en gros, je lui ai dit « Tu as des yeux magnifiques » et je lui ai laissé entendre qu’il me plaisait.
Il m’avait bien dit que je ne lui plaisais pas physiquement, mais il m’en fallait plus pour me décourager.
J’ai eu raison, 3 enfants et 12 ans de vie commune plus tard.

Mais, insidieusement, il n’a pas cessé de me faire sentir que j’étais grosse, pas sexy… Et j’ai fini par y croire.
Je ne faisais plus d’efforts pour être jolie, je ne me trouvais jamais jolie, d’ailleurs.

Quand j’ai fait mon by-pass, en mai 2012, et que j’ai perdu tout mon surpoids, ça n’a pas été suffisant à ces yeux, et donc, aux miens.

Jusqu’à ce que le désamour commence. Jusqu’à ce que je retombe sur d’anciennes lettres d’amour, un ancien journal intime, et que je me rende compte que la fille à l’aise avec ses complexes avait disparue au profit d’une fille qui ne se supportait plus.

Ce fut un choc. J’ai commencé à me rendre compte que je n’étais pas si nulle, si moche, puisque des hommes se retournaient dans la rue sur mon passage, me sifflaient, me draguaient…

Alors, petit à petit, j’ai repris confiance en moi. J’ai arrêté de me dire, devant le miroir « Je suis horrible ». Je n’ai plus vu le verre à moitié vide de mon corps, mais celui à moitié plein : J’ai une silhouette bien proportionnée. Des magnifiques cheveux. Les gens me complimentent sur mon sourire…
Je ne me suis concentré que sur ce qui était positif chez moi : ma générosité. Ma gentillesse. Mon empathie. Ma capacité à ne voir que le meilleur et a le montrer aux autres….

Les robes ont fait leur apparitions dans ma garde-robe. Et je me suis enfin trouvée superbe.
Qu’importe l’excédent de peau sous mes bras, cicatrices encore visibles de mon ancienne obésité. Je sais qu’elle est là. Je la trouve horrible, cette partie de moi. Mais ça ne m’empêche plus de porter des manches courtes si j’ai envie et sans me prendre la tête.
Je porte des gros bracelets colorés ou des jolis colliers, des boucles d’oreilles pour détourner l’attention.

Qu’importe ma poitrine asymétrique, une malformation qui a toujours été là, mais moins visibles avec le surpoids. Oui, maintenant, ça se voit pas mal quand je suis habillée. Et alors. Je fais avec. Je m’achète de jolis dessous et j’aime l’image que cela me renvoie. Une fille sexy.
Avant, je prenais les trucs les moins chers, je ressemblais à une mamie. Maintenant, je me fais plaisir. Et mine de rien, ça se ressent sur ma façon de me tenir, mon moral…

Qu’importe mes fesses un peu tombantes maintenant que la perte de poids est bien là. Je mets des pantalons un peu serré, des jolis hauts, je customise avec une ceinture et hop, le monde est à moi.

J’ai arrêté de penser que j’étais moche, et que les autres le pensaient aussi.
J’ai décidé que j’étais belle, et que les autres me trouvent belle aussi. Et depuis, je marche tête haute, sûre de moi, le sourire aux lèvres. Et rien que le fait de lever les yeux, d’arrêter d’essayer d’être invisible, cela m’a permis de découvrir que d’autres me regardent aussi, me sourient, et c’est un puissant booster pour l’ego.

Depuis, je fais l’effort de toujours soigner ma coiffure, de faire attention à moi, d’essayer de me maquiller un peu, de mettre des bijoux, des accessoires. Et plus ça va, plus je me trouve belle….

C’est cela, ma mauvaise habitude enfin perdue : arrêter de me regarder dans un miroir déformant.

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14 réponses à to “Mauvaises habitudes…. [ #9 #53billets2015 ]”

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