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A l’initiative d’Hysterikmum, je lance, moi aussi, ma bouteille à la tête de ces personnes censées nous représenter.

Chère Marisol,

Contrairement à ma copine Julie, je vais te tutoyer, désolée si ça te déplaît.
Mais vu que tu te permets de prendre des décisions concernant l’intimité de mon foyer, je considère que je ne te dois pas le vouvoiement que j’aurais envers un inconnu.

Tu as décidée, avec tes copains du gouvernement, qu’une fois de plus, les familles devaient participer à résorber la dette française.

Si je comprend l’idée, je comprends plus difficilement les actions.

Laisse moi te parler de moi, Marisol.

Je m’appelle Vanessa, j’ai 33 ans.
Je suis séparée depuis quelques mois et en charge de 3 enfants de 4, 6 et 7 ans qui sont en résidence alternée.

Je n’ai aucun diplôme, si ce n’est un BEP Pâtisserie (coucou Julie!) dans lequel on m’a fortement incité à m’orienter, malgré mes rêves de devenir sage-femme.

J’ai du travailler tôt, à 17 ans, pour avoir de quoi payer un loyer.
Mais à cet âge, forcément, difficile de trouver un CDI et encore moins à temps plein.

J’ai rencontré le père de mes enfants, nous nous sommes mariés.
Nous avons eu la chance que lui, au moins, soit en CDI.
J’ai du le suivre dans une autre région, perdant mes contacts qui me permettait de bosser plutôt facilement en intérim.

J’ai été au chômage pendant près de 4 ans avant la naissance de Gremlins, en 2007.
Autant te dire, Marisol, que les allocations familiales et la prime de naissance ont été plus que bienvenus !

Parce qu’entre un salaire de base en CDI et mon chômage, les fins de mois étaient vraiment vraiment rude.

J’ai pris un congé parental. Je suis restée avec mon fils, puis ma fille née 17 mois plus tard, à l’été 2008.

J’ai voulu reprendre un travail mais difficile sans moyen de garde. Je n’étais pas prioritaire pour les crèches qui n’avaient, de toute façon, pas de place.
Au mieux, j’ai eu le droit à deux jours complets en halte-garderie. Youhou !

Quoi ? Une assistante maternelle me dis tu ?

Alors je vais te répondre calmement qu’une assistante maternelle m’aurait coûtée dans les 800 € pour les deux enfants.
Qu’il aurait fallu que je signe un contrat qui m’engageais à la payer.
Et que, sans boulot sur derrière, il était impossible pour moi de m’engager sur de telles sommes.

La question ne s’est pas posée très longtemps, vu que Tisinge, mon dernier, est venu agrandir la famille à l’été 2010.
Là encore, nous avons vu la prime de naissance et les allocations familiales augmentés avec beaucoup de bonheur.

Quand Tisinge a eu 13 mois, j’ai pu bénéficier d’une place en crèche. 4 jours par semaine. Donc pas le mercredi, la structure n’étant pas ouverte ce jour là. C’est ballot quand même….

Pleine de bonne volonté, j’ai gardé mon congé parental sous le coude et suis allé voir l’ami Pôle Emploi pour trouver un emploi ou une formation qui m’y mènerait. Entre autre celle d’aide-soignante.
Sauf qu’on m’a renvoyé dans mes pénates en me disant qu’on ne m’aiderait pas tant que je serais en congé parental.

En bref, il fallait que je suspende mon congé et les allocations qui vont avec pour qu’on accepte de m’aider à potentiellement avoir un emploi.

Tu comprendras aisément, Marisol, que j’ai décidé de rester en CP parce que vivre sur un seul salaire à 5, c’était juste pas possible en fait.
J’ai alors décidé de payer le CNED pour me remettre à niveau comme secrétaire médicale. Sans aide d’aucune sorte, bien sur.
J’ai du trouver un stage. Qui s’est changé en travail. Un travail de 17,5h par semaine. Pas plus. Et encore ai-je du batailler pour en arriver là.

Et je dois te confier un secret, Marisol :

Quand j’ai accepté ce travail, j’avais fait mes comptes avant. Et j’avais découvert que prendre cet emploi me faisait perdre 200€ par mois.

En bref, je travaillais pour la gloire, je payais, même, pour travailler.
Mais je l’ai fait parce que j’en avais assez d’être « inactive » pour peu qu’on puisse l’être en étant à la maison à s’occuper de ses enfants.

Pendant 16 mois, on a jonglé financièrement. Entre le congé parental à mi temps, la crèche, les garderies….

Je travaillais le mercredi et le vendredi toute la journée, et le samedi matin.

Quand mon congé à pris fin, en septembre 2013, enfin, l’ami Paul (Emploi) a bien voulu commencer à intéresser à mon cas. Mais de loin.
Depuis que j’y suis, je n’ai vu un conseiller qu’une fois. On est loin des promesses de suivi, non ?
J’ai du trouver moi même toutes les infos pour ma formation d’aide-soignante. Infos ignorées pour la moitié par les conseillers censés m’aider.

Entre temps, je me suis séparée.
J’ai été à peu près bien épaulée par le travailleur social de la CAF (et surtout par ma belle-sœur qui y bosse, heureusement pour moi)

J’ai déménagé. Me suis retrouvée seule avec un budget réduit.

J’ai commencé ma formation début septembre. Et tous les mois, je crains de ne pas pouvoir donner du lait et du pain à mes enfants jusqu’à la fin du mois.

Parce que je dois payer la cantine, la garderie du matin et du soir. Et une assistante de vie à domicile pendant mes stages.

Marisol, sais-tu qu’avoir une intervenante à domicile coûte 22€/h ?
Alors, je sais, tu vas me dire que la CAF va me rembourser une partie, puisque mon dernier a moins de 6 ans. Et que la moitié des frais est déductible des impôts.

Je te répondrais que pour le mois d’octobre, juste pour la garde à domicile, cela va me coûter 583€.
Argent que je devrais avancer. Sur un budget mensuel de moins de 900€.
Je te rappelle également que ce budget est censé me permettre aussi de payer mon loyer, les charges et les courses alimentaires.
Alors, crois-tu vraiment que je peux me permettre de payer une telle somme en attendant d’être remboursé d’une partie ?

Non.

Cette année, heureusement, ma ville va m’aider dans le cadre de ma reprise. Elle va me permettre de ne payer que 2€/h les 140 premières heures. Ouf.

Sauf que ça passe vite.
Et que je me demande déjà comment je vais faire quand cette aide sera épuisée.

Deux solutions :
– Revoir notre mode de garde, entre le papa et moi, pour qu’il ai la garde exclusive. Je ne verrais plus mes enfants qu’un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.
Mais j’aurais le loisirs de finir ma formation et ensuite, d’avoir un travail.

– Attendre avec impatience que mon dernier atteigne ses 6 ans pour le laisser seul avec ses aînés le matin quand je partirais à 6h. Ou le soir jusqu’à 22h.
Parce que, Marisol, je te rappelle qu’une aide-soignante travaille en 2/8. Donc, cela équivaut à laisser mes enfants gérer le réveil, le petit déjeuner, l’habillage et la route jusqu’à l’école le matin.
Ou le retour de l’école, le repas, le bain, les devoirs et le coucher le soir.

Tu conviendras avec moi qu’aucune de ces solutions ne peut aller, n’est ce pas ?

Ton gouvernement veut donc réduire le congé parental à 18 mois.
Parce que, soyons honnête, toi et moi savons que les hommes ne prendront pas les 18 mois restants, car ce ne serait pas vivable financièrement.

Mais dis moi, Marisol ? Qui va les garder, ces enfants encore trop petits pour l’école ? Qui va payer pour l’explosion de demande de RSA ou de chômage que de telles mesures vont entraîner ?

Ne crois tu pas, Marisol, qu’il serait plus judicieux d’aider les femmes à réussir à organiser leur retour au travail que de les y forcer ?
Ne crois tu pas qu’il serait judicieux de réussir enfin à augmenté vraiment le nombre de places en crèches ?
Ne crois tu pas qu’une mesure comme « un tiers payant nounou » aiderait bien mieux les femmes à reprendre le travail ?

Et ne crois tu pas, Marisol, que te mettre une semaine, un mois à la place de ces femmes que tu écrases serait une bonne chose.
Avec le même salaire que nous, les mêmes charges. Te rendre compte des difficultés. Et des choses qui mériteraient vraiment d’être changées, elles…

Enfin ne crois tu pas, Marisol, que toi et tes petits copains du gouvernement auriez pu trouver bien mieux comme piste d’économie ? Genre arrêter les subventions à tout va aux administrations qui ne servent à rien ? Ou réduire simplement vos propres salaires, indécents quand on le compare à ceux de la majorité des français ?

Vous vouliez du changement, au gouvernement. Mais méfiez vous. Parce que le peuple a déjà montré par le passé qu’il sait se défendre lorsqu’on l’opprime.

Qui sème le vent récolte la tempête. Mes armes sont prêtes, je n’attends plus que l’appel des citoyens pour partir à la révolution…

8 réponses à to “Lettre ouverte à Marisol Touraine”

  • Fredouille maman poule says:

    Chere Vanessa
    Je vient de finir de lire ta lettre , je m’y retrouve sur pas mal de points…
    Et je suis complément d’accord avec toi, en te suivant sur fb je n’imaginais pas tout ca …
    Tu as vraiment du courage ! Tien bon !
    Je croit que nous les mamans allons devoir nous serrez les coudes et peu etre monter pousser un coup de gueule afin d’être entendu…
    Fred!

    • Mère Débordée says:

      Merci. Du courage ? Non, je fais juste ce qui doit être fait et j’essaye de m’en sortir au mieux, comme, j’imagine, un peu tout le monde. Bisous

  • Mathilde says:

    J’essaie de suivre le moins possible les actualités car le plus souvent je suis hors de moi. Quand j’ai appris cette nouvelle, j’étais outrée, pour changer. De mon côté, je n’ai plus le droit à rien, fini le congé parental, on va apprendre à vivre avec un seul salaire, 3 enfants dont 1 bébé de 12 mois. Le calcul est vite fait, sachant qu’ici pas de crèche et pas de cantine.
    Mais même si ça ne me concerne pas, je suis choquée et je pense à ceux qui m’entourent – chose que Madame ne sait pas faire de toute évidence – je me dis que mes amies, les femmes de ma famille, mes filles qui vont créer un jour leur propre famille n’auront pas le droit d’élever leurs enfants dans de bonnes conditions. Elever son enfant comme on le souhaite avec ses propres valeurs, pouvoir profiter tant qu’il est petit, prendre le temps de lui apprendre la vie… à peine né elles devront se dépêcher de prendre une décision sur leur propre vie… bref parce que moi aussi je pourrais en parler pendant des heures, si un jour les femmes se révoltent je serais des vôtres !!! bonne journée sinon 😉

  • celine says:

    Bienvenue en France….pourtant si accueillante il parait…et pourtant si archaïque et si loin des familles qui est le noyau central du pays ! Quelle honte !

  • Ma Famille Avant Tout says:

    Juste un mot : MERCI.
    Votre lettre est tout simplement le résumé de ce que nous vivons au quotidien et de nos idées. Je suis totalement d’accord avec ces idées et vos arguments (car ils sont vrais et réels, eux). Quoique nos vies soient différentes (je suis toujours avec le Papa, qui gagne mieux sa vie que moi (je précise), je n’ai que 2 enfants de 22 et 8 mois, mais j’attends Bb3 pour mars (autrement dit, ma plis vielle aura 28 mois à la naissance de cet enfant, donc pas d’école à cet âge, donc 3 enfants en nourrice, c’est tout bonnement impossible. Et donc, que mon mari prenne ces 18 mois de congé parental nous conduirait au SUICIDE FINANCIER (même 6 mois seulement). J’ai pourtant un métier (ambulancière), je suis payée au SMIC et je me demande même si je vais pouvoir continuer d’exercer ce métier qui me plaît tant car les horaires sont incompatibles avec la vie de famille (savoir l’heure d’embauche la vielle au soir et l’heure de débauche environ 1h avant cette fin de journée). Je suis actuellement en congé parental pour ma 2ème et compte renouveler ce congé pour Bb3, mais aussi voir si je peux reprendre une formation à distance (sans aide) pour pouvoir exercer un métier dont les horaires seraient plus en adéquation avec ma vie de famille (qui pour moi est prioritaire) ou tout simplement essayer d’ouvrir mon entreprise… Donc ce congé parental ne m’éloignerai pas de l’emploi (qui est également un de leurs arguments débiles). De plus, si je dois placer MES enfants (en crèche, chez une nounou ou autre) avec des inconnus (en prime), je ne pourrais subvenir à leurs besoins (nourriture, soins et autres…. sans parler de plaisir…) et encore moins aux nôtres (leurs parents qui devont les élever). Alors que je sais aussi que l’école nous coûtera de l’argent, je sais qu’une fois à l’école, nous pourrons envisager de survivre avec nos finances), je compatis et comprends exactement vos difficultés qui sont les miennes.
    En clair, leurs petites vies bien tranquilles (à ceux du gouvernement qui pondent des lois pour nous démolir) sont bien loin de la réalité que vivent des millions de personnes (honnêtes citoyens, et non des voleurs comme eux). Qu’ils prennent ne serait-ce qu’un mois de nos existences pour essayer de comprendre ce qu’est la survie (loin de leurs repas gargantuesques avec de bonnes choses bien chères, que nous payons avec nos impôts) et que nous nous débrouillons comme nous pouvons pour que nos familles aillent au mieux. Mais qu’avec leurs lois et réformes débiles, nous courrons à la perte de la vie.
    Encore merci pour votre superbe lettre.

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